L’Australie et la Francophonie – Discussion sur l’emploi croissant du français


Des représentants de la Francophonie et leurs drapeaux nationaux © SP/HL

Le jeudi 22 mars, une soirée d’automne pluvieuse, une centaine de résidents de Canberra se sont réunis pour célébrer la Semaine de la Francophonie de façon différente, en organisant une table ronde consacrée au rôle de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et à ses liens avec l’Australie.


Le haut-commissaire Michael Small pose la première question aux experts © SP/HL


Éric Soulier, attaché culturel de l’ambassade de France en Australie, présente M. Peter Brown, M. Patrick Renault, M. Paul Bongiorno et M. William Fisher © SP/HL

Dans les mois précédant la Semaine de la Francophonie de Canberra, des représentants d’États membres de l’OIF se sont réunis pour discuter et déterminer comment sensibiliser le public australien à l’importance de la Francophonie dans le monde.

Il n’a pas été très difficile de trouver des experts sur place. La table ronde réunissait le Peter Brown, maître conférencier en études françaises au College of Arts and Social Sciences de l’Université nationale de l’Australie et lauréat de la bourse de recherche du programme Comprendre le Canada, M. William Fisher, actuel ambassadeur de l’Australie en matière de contre-terrorisme, ancien envoyé spécial du premier ministre australien auprès de la Francophonie et des États africains francophones, ainsi que Patrick Renault, ambassadeur de Belgique en Australie.

Pendant près d’une heure, en compagnie du journaliste et animateur chevronné Paul Bongiorno, rédacteur en chef du Channel Ten, ces spécialistes se sont penchés sur la pertinence de la Francophonie pour l’Australie, devant un public intéressé réuni au musée des beaux-arts de la capitale australienne.

M. Bongiorno a reconnu d’emblée son ascendance italienne et son peu d’expérience du monde francophone, mais il a habilement animé la discussion sur des sujets comme l’histoire et le contexte de la Francophonie en tant qu’organisation, l’augmentation des inscriptions aux cours de français dans les écoles et les universités australiennes, les similitudes et les différences entre la Francophonie et le Commonwealth, tout en prenant les questions du public.

M. Brown a indiqué que les programmes d’études françaises sont de plus en plus nombreux dans les universités australiennes et que nos liens avec la Francophonie sont d’un grand soutien aux programmes d’aide de l’Australie pour les pays comme Vanuatu et des secteurs de l’Asie où le multiculturalisme propre à l’OIF est apprécié. Il a rappelé brièvement l’histoire postcoloniale de l’organisation dans les années 1970 et son évolution jusqu’au sommet de Maurice en 1993, au cours duquel l’adhésion à l’OIF a été étendue à des nations « ayant le français en partage », ce qui a permis à l’organisation d’agrandir sa base traditionnellement constituée de pays liés à la France.  

M. Renault a traité de l’histoire de son pays et du fait qu’en Belgique, le français est depuis des siècles la langue des affaires et de la culture. Il a également souligné que la francophonie se situe, au-delà de la langue, au cœur même de la façon dont se définit son pays, par la bonne gouvernance, la démocratie et le multiculturalisme. Il a aussi soulevé l’idée d’une francophonie sans majuscule, communauté internationale de peuples parlant le français et appartenant à des cultures, des religions et des profils économiques variés.

Avec humour, M. William Fisher a décrit son ancien rôle d’ambassadeur spécial auprès de la Francophonie comme étant la « solution la moins chère » pour l’Australie qui cherchait à s’ouvrir et à poursuivre le dialogue avec la population francophone affichant le taux de croissance le plus rapide du monde, et avec ces « pays vedettes du 21e siècle » que sont les pays francophones africains. La présence commerciale de l’Australie sur ce continent est assurée par 260 entreprises et que, selon lui, appartenir à la Francophonie était « bon pour les affaires » et une manière convaincante de « respecter le monde francophone et de collaborer avec lui ».

M. Fisher a aussi souligné « le rôle discret et efficace » joué par la Francophonie quant aux objectifs de l’Australie en matière de diplomatie internationale, à ses intérêts commerciaux et à ses relations en matière d’aide et de développement avec les 24 pays africains membres de l’OIF. Au moment où l’Australie s’impose sur la scène internationale comme membre du G20, ses relations avec la Francophonie lui offrent l’occasion de nouer des liens et de coopérer avec un éventail de nations aux valeurs et aspirations communes.

Les intervenants ont également comparé le Commonwealth et la Francophonie, faisant remarquer qu’en fait, la Francophonie est davantage une création du Canada et des nations africaines que celle de la France. En réponse au premier commentaire venant de l’auditoire, le haut-commissaire Michael Small a rappelé que la situation du Canada est unique, car notre pays appartient aux deux organisations et qu’à ce titre, il est très bien placé pour comparer et établir des parallèles. Il a également rappelé que curieusement la plus grande nation anglophone du monde, les États-Unis, n’est pas membre du Commonwealth, tandis que tous les pays francophones sont membres de la Francophonie.

Les experts ont fait observer que même sans la structure politique du Commonwealth, l’OIF adopte de plus en plus ce modèle d’organisation géopolitique. Une exclusion éventuelle de la Francophonie constitue pour toute nation une réelle menace, et l’OIF exerce des pressions sur ses membres pour qu’ils observent les règles de la bonne gouvernance. Il a même été question des Jeux de la Francophonie, et de l’espoir qu’ils bénéficient un jour de la même affluence que leurs cousins du Commonwealth!

Couronnée de succès, cette discussion s’est conclue autour d’un buffet où les amuse-gueules et les rafraîchissements provenaient de plusieurs pays membres de la Francophonie – buffet suivi d’une visite de l’exposition sur Toulouse Lautrec à la National Gallery.