
En 1927, des restes humains ont été emportés d'une mission abandonnée de l'Église moravienne dans le cadre de l'expédition subarctique Rawson-MacMillan. Durant cette expédition, les membres de l'équipe ont excavé des tombes sur huit sites archéologiques au Labrador et au cimetière moravien du 19e siècle à Zoar, sur la côte nord du Labrador.


Le but de la mission était de rassembler des spécimens et des artéfacts de l'histoire naturelle qui pourraient aider à faire la lumière sur les origines et le mode de vie du peuple inuit. Toutefois, plusieurs des restes humains ont été enlevés malgré l'opposition de la population locale. Sur injonction de la communauté inuite du Labrador, le Field Museum of Natural History qui abritait les restes s'est engagé à les restituer pour leur retour à leur terre natale, grâce à la coopération de la communauté inuite et du Consulat général du Canada à Chicago.
La communauté inuite, qui compte 7200 habitants, est l'un des peuples fondateurs du Canada. Les Inuits vivent sur la côte est du Canada, dans une région qu'ils appellent Nunatsiavut, qui veut « notre belle terre ». Établie auparavant par la Loi sur l'Accord sur les revendications territoriales des Inuits du Labrador, la zone de peuplement couvre une grande étendue de terre et de mer, où la communauté inuite s'autogouverne et possède des droits particuliers pour perpétuer les traditions ancestrales de son peuple.
Depuis l'enlèvement des restes en 1927, la communauté de Nunatsiavut ne s'est lassée dans la poursuite pour réclamer les restes de leurs ancêtres. Le bras culturel de du gouvernement du Nunatsiavut, le Centre culturel Torngâsok (CCT), a joué un rôle clé dans le processus de rapatriement des restes et dans les efforts pour les identifier et rentrer en contact avec les familles. En 2008, le Centre culturel Torngâsok a établi des contacts avec le Field Museum of Natural History de Chicago, un chef de fil en conservation environnementale, biologie évolutionnaire, paléontologie et anthropologie. Le Centre a collaboré dans l'élaboration et la mise en place d'une stratégie pour le rapatriement et l'inhumation des restes humains dans le respect et la dignité.
Cette année, ses efforts de collaboration ont porté fruit. M. Johannes Lampe, ministère de la Culture, des Loisirs et du Tourisme était à la tête d'une délégation du Nunatsiavut qui s'est rendue à Chicago pour officiellement récupérer les restes entreposés au Field Museum et les préparer pour leur retour à la maison. Faisaient également partie de la délégation Mme Isabella Pain, négociatrice principale et M. Jamie Brake, archéologue. Le Consulat général du Canada à Chicago a fièrement accueilli la délégation et a facilité les rencontres consultatives.
M. John W. McCarter, Jr., président et PDG du Field Museum, a présenté ses sincèrement excuses en déclarant : « Nos sommes profondément attristés par cet incident. Si les employés d'aujourd'hui du Field Museum n'ont pas commis ce tort, nous reconnaissons que ces actions n'étaient pas conformes aux pratiques éthiques, anciennes ou actuelles, en archéologie. »
Le ministre Lampe et Mme Pain ont partagé avec un grand public de la communauté leur amour pour leur terre natale et ont rappelé au public qu'alors que l'histoire des Inuits du Labrador est une longue histoire – une histoire d'adaptation au changement apporté par le colonialisme, de réétablissement et de rupture avec les traditions – elle est également une histoire qui montre comment grâce à la force de la volonté, les Inuits ont réussi à reprendre en main le contrôle de leur destin culturel, économique et politique, et comment ils continuent de persister et de défendre leur droit.
Ce n'est pas la première participation du Centre culturel Torngâsok aux efforts de rapatriement des restes humains d'Inuits. Au milieu des années 1990, les restes d'environ 100 Inuits ont été restitués par le gouvernement de Terre-Neuve et Labrador. Le Centre est chargé de la préservation, de la protection, de la promotion et du développement de la langue et de la culture des Inuits du Labrador. Ce rôle est non seulement vital pour la survie de la culture inuite, mais aussi pour son épanouissement dans le monde d'aujourd'hui.
« Je pense que c'est la première fois depuis 1982 que des Inuits du Labrador sont ici à Chicago pour parler de ce que nous sommes en tant que peuple », a fait remarquer Mme Pain. « Cette année-là, 12 familles inuites avaient été recrutées pour faire partie de la Concession du village Eskimo à la Foire mondiale. »
« Quand les visiteurs arrivaient dans le Village Eskimo, ils avaient le sentiment d'avoir un aperçu du mode de vie réel des Inuits. Je vous invite à venir à Nunatsiavut pour nous rendre visite – je peux vous garantir que nous sommes beaucoup plus intéressants sur notre terre natale », a-t-elle ajouté.
Après avoir souffert de toutes les tribulations, les Inuits du Labrador ont pu fermer ce chapitre triste et controversé de l'histoire de leur communauté et honorer l'héritage de leurs ancêtres, car le chemin vers un avenir plus radieux pour la nation s'ouvre.
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