Réfugiés et intégration civique : comment garantir le succès?

Les discussions ont été engagées par Marie Gervais-Vidricaire, ambassadrice du Canada en Allemagne, et Hans-Georg Engelke, secrétaire d’État du ministère de l’Intérieur.

Les participants, présents en grand nombre, discutent des pratiques exemplaires mises en place par plusieurs pays à régime fédéral en vue de garantir l’intégration sociopolitique des réfugiés.
 

Aux côtés de Leslie Seidle, chercheur canadien et directeur de recherche pour le Forum des fédérations et l’Institut de recherche en politiques publiques, étaient présents Gianni d’Amato, directeur du Forum suisse pour l’étude des migrations, Romed Perfler, directeur général du Fonds autrichien pour l’intégration, et Astrid Ziebarth, membre du German Marshall Fund chargée des questions migratoires.
 

Les participants abordent ouvertement
 

Dialogue et échange d’idées entre l’Europe et le Canada

Leslie Seidle, chercheur canadien et directeur de recherche pour le Forum des fédérations et l’Institut de recherche en politiques publiques, s’est rendu à La Haye, à Berlin et à Vienne dans le cadre d’une initiative soutenue par le Fonds discrétionnaire de la mission pour y aborder la question des réfugiés et de leur intégration civique. Une table ronde et un débat d’experts intitulés « Réfugiés et intégration civique : comment garantir le succès? » ont été organisés par l’ambassade du Canada à Berlin en coopération avec le Forum des fédérations (siégeant à Ottawa) et l’influent Conseil d’experts des fondations allemandes pour l’intégration et la migration (SVR Migration). La table ronde a rassemblé plus de vingt personnes exerçant une influence sur les politiques et issues de ministères et organismes fédéraux et régionaux allemands, du parlement, de groupes de réflexion, de fondations, de partis politiques et du milieu universitaire. Les discussions ont été engagées par Marie Gervais-Vidricaire, ambassadrice du Canada en Allemagne, et Hans-Georg Engelke, secrétaire d’État du ministère de l’Intérieur. Les participants, qui ont été particulièrement ravis, ont pu dialoguer et mettre en parallèle les pays à régime fédéral faisant face à des défis et perspectives similaires en matière de migration et d’intégration. Gianni d’Amato, directeur du Forum suisse pour l’étude des migrations, Romed Perfler, directeur général du Fonds autrichien pour l’intégration, et Astrid Ziebarth, membre du German Marshall Fund chargée des questions migratoires, étaient présents aux côtés de Seidle. Les discussions se sont focalisées sur les pratiques exemplaires, et ont illustré l’expérience du Canada en matière d’intégration des migrants et des réfugiés. Les participants, qui ont compris que le contexte géopolitique canadien était différent de celui d’Autriche, ont néanmoins échangé de manière dynamique et exprimé un réel intérêt à créer des liens durables. L’un des facteurs ayant suscité un intérêt particulier chez les interlocuteurs autrichiens était l’attitude bienveillante du public à l’égard des nouveaux arrivants au Canada.

Intégration civique

Alors qu’en Allemagne le débat public et politique s’est essentiellement concentré sur les moyens de garantir l’intégration linguistique et professionnelle, les discussions ont de plus en plus porté sur l’intégration civique, ou sur les moyens à mettre en œuvre pour veiller à ce que les réfugiés adoptent les droits et responsabilités des sociétés démocratiques libérales, y contribuent et en tirent parti. Les participants ont reconnu que la contribution au marché du travail était essentielle, quoiqu’insuffisante pour mener à bien l’intégration. Ils ont ainsi plaidé en faveur d’une intégration civique plus large, même si les définitions semblaient varier entre le Canada et les pays européens, principalement en fonction des attentes de chacun vis-à-vis de la citoyenneté. Seidle a fait remarquer que le Canada privilégiait la notion d’« inclusion » plutôt que d’« assimilation ». Pour lui, l’intégration civique consiste à veiller à ce que les immigrants possèdent les compétences et la motivation nécessaires pour contribuer activement à la nouvelle société, et ce, par une participation à des organisations (organismes communautaires ou bénévoles) et un engagement politique.

L’une des divergences entre le Canada et de nombreux pays européens portait sur la mesure dans laquelle les réfugiés et demandeurs d’asile pouvaient obtenir la citoyenneté ou jouir d’une protection de longue durée. Les intervenants ont abordé les différences entre la Suisse, l’Autriche et le Canada, et leurs discussions ont fréquemment tourné autour de l’importance et de la nécessité de renforcer la cohésion sociale. Engelke a insisté sur le fait que l’intégration dépassait largement la sphère de l’emploi, et qu’en fin de compte, elle se rapportait à la dimension humaine, à savoir la capacité à vivre en harmonie. Seidle a ajouté que la dimension sécuritaire ne pouvait être ignorée, en particulier puisque, contrairement au Canada qui a pu évaluer et sélectionner les réfugiés syriens dans les camps de l’UNHCR, la plupart des flux de réfugiés en direction de l’Europe n’ont fait l’objet d’aucun contrôle. Par ailleurs, il a fallu un certain temps à des pays comme l’Allemagne pour mettre en place des procédures d’identification et d’enregistrement adéquates.

L’intégration est un processus qui marche dans les deux sens, et le rôle de la société d’accueil est de laisser sa porte ouverte.
Leslie Seidle

Un horizon de défis

Tous les pays sont exposés à des défis majeurs tels que le faible niveau d’éducation et de compétences professionnelles des réfugiés, la reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger, le financement et la sécurité, et ce, au vu du nombre important de migrants non enregistrés présents en Europe. Le groupe s’est néanmoins montré optimiste sur la capacité des pays à réussir l’intégration des réfugiés. Une intégration réussie passe par un solide leadership politique et un discours convaincant de la part du gouvernement comme de la société. Les intervenants ont reconnu la nécessité de s’engager à l’égard de la cohésion sociale, et l’importance de la constitution d’un pays pour définir ses valeurs et instaurer un climat de confiance au sein de la population. La table ronde a servi de tribune pour mettre en commun les enseignements tirés de l’intégration sociopolitique des réfugiés et fournir des exemples concrets de pratiques exemplaires appliquées par divers pays à régime fédéral. Le programme a illustré la contribution du modèle canadien à la réussite de ses politiques en matière d’immigration, de migration et de réfugiés, ainsi que de sa culture d'accueil et de ses stratégies d’intégration bien huilées.

Les participants abordent ouvertement les différences entre le Canada et l’Europe.