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La diversité est un fait, l’inclusion est un choix

Allocution d’ouverture de la Conférence  Des sociétés inclusives?
Le Canada et la Belgique au 21ème siècle
,
organisée par l’Université libre de Bruxelles et la Katholieke Universiteit Leuven,
tenue au Palais des Académies, à Bruxelles, le 22 septembre 2017

Stéphane Dion
Ambassadeur du Canada en Allemagne et envoyé spécial du Premier ministre auprès de l’Union européenne et de l’Europe

Les organisateurs de cette conférence ont choisi un sujet crucial pour l’avenir de nos sociétés : seront-elles inclusives, accueillantes, fondées sur la confiance, ou exclusives, méfiantes, en proie au populisme, à la xénophobie et aux extrémismes violents?

La diversité est un fait. Au Canada, les immigrants de première et deuxième génération forment maintenant près de 40 % de la population et plus des deux tiers à Vancouver et Toronto. 1  La population immigrante a augmenté du tiers dans les pays de l’OCDE depuis l’an 2000. 2 Nos sociétés seront de plus en plus diversifiées sur les plans ethniques, culturels et religieux. Vieillissantes, leur taux de reproduction est trop bas pour leur éviter un déclin démographique. Bientôt, si ce n’est déjà fait, leur croissance démographique dépendra uniquement de l’immigration – c’est prévu au Canada pour 2030 selon Statistique Canada. 3 Les travailleurs dont nos économies ont besoin viennent de plus en plus d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient, d’Amérique latine. Nos pays ont signé des conventions internationales qui les engagent à accueillir ceux qui fuient la guerre, la terreur et la persécution; or il y a actuellement 60 millions de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde et ce chiffre risque d’augmenter, notamment en raison de perturbations comme les changements climatiques.

La diversité est là et le sera de plus en plus. On peut tenter de l’endiguer et d’y échapper le plus possible, ou on peut l’aménager de façon à en faire une force, une source d’enrichissement. C’est ce deuxième choix qui est le bon.

La diversité est un fait, l’inclusion est un choix. Cette vérité, énoncée par le Premier ministre Trudeau, est au cœur de ma présentation d’aujourd’hui. J’y ajoute le cri de ralliement de la Chancelière Merkel et du Vice-chancelier Gabriel : « Wir schaffen das », nous allons réussir. Il y a des raisons d’espérer et d’être optimiste. Mais pour cela il faut choisir les bonnes politiques, la bonne philosophie.

Les organisateurs de cette conférence ont tout à fait raison d’affirmer que l’enjeu de l’inclusion, ce qu’ils appellent « la gestion de la diversité culturelle et ethnique », interpelle en particulier nos deux pays. D’abord parce que la Belgique et le Canada se rangent parmi les pays les plus hétérogènes selon le classement de l’OCDE. 4 Aussi parce qu’ils forment des fédérations – et des fédérations décentralisées en comparaison des autres. Or, au cœur de l’idée fédérale, il y a le pari de l’unité dans la diversité, de la coopération par la pluralité des points de vue et des expériences. Enfin parce que la Belgique et le Canada sont deux pays bilingues qui toujours ont dû apprendre à faire de leur diversité une force.

C’est à tort que certains opposent le vieux Canada bilingue au nouveau Canada multiculturel. L’expérience commune des Canadiens britanniques et français, au Québec et partout au Canada, a loin d’avoir toujours été facile, mais au total elle les a amenés à concevoir leur diversité comme un atout tangible qui leur a permis de bâtir ensemble l’un des pays les plus enviés au monde et sur cette base, d’accueillir une immigration de plus en plus non chrétienne, venue des contrées les plus lointaines. Inscrits dans notre Constitution et notre Charte des droits et libertés, notre bilinguisme officiel et notre multiculturalisme se sont appuyés l’un l’autre dans le passé et doivent continuer leur route ensemble.

Notre histoire nous rappelle que le rejet de la diversité n’est pas inspiré que par une réaction instinctive de méfiance envers la différence. Le problème que nous devons surmonter n’est pas lié qu’à la peur de l’étranger. Notre tâche serait moins compliquée si tel était le cas. Le rejet de la diversité tient aussi à cette croyance que l’uniformité lui est préférable du point de vue même de l’efficacité d’une société, de la cohésion d’un pays et de l’égalité des chances de ses citoyens. Dès le 19ième siècle, des esprits libéraux ont préconisé l’assimilation active des minorités comme un bienfait. Si Lord Durham, dans un fameux rapport publié en 1839 sur les « affaires de l’Amérique du Nord britannique », recommandait l’assimilation des Canadiens français, ce n’est pas au nom d’un mépris de la culture française – on trouve dans son rapport des passages élogieux sur la France. 

Il pensait qu’être Français en France c’était bien, mais il commettait l’erreur de croire qu’être francophone dans l’empire britannique était un handicap, un isolement stérile, et qu’il fallait donc que ces gens, pour leur propre bien et l’avenir de leurs enfants, deviennent des Britanniques comme les autres. 

Heureusement, le Canada n’est pas devenu un pays uniforme et en suivant un autre chemin que celui tracé par Durham apparaît aujourd’hui comme l’un des mieux équipés pour tirer parti du grand brassage des populations que sera le 21ième siècle. Il y a d’ailleurs en ce moment, de par le monde, une véritable fascination pour le modèle canadien d’intégration des immigrants. On m’en parle constamment depuis que je suis en Europe.  Nos amis européens s’intéressent particulièrement au système canadien de points par lequel nous sélectionnons nos immigrants.

Nous sommes disposés à livrer toutes les informations techniques nécessaires sur notre système de points. En résumé, je dirais que c’est un système qui a pour mérite de prendre en compte les besoins immédiats des employeurs mais sans s’y limiter, en ajoutant parmi les critères de sélection le capital humain et les aptitudes professionnelles et linguistiques des candidats. Mais il faut bien voir que le modèle canadien ne tient pas tout entier dans cette politique précise de sélection des immigrants, comme si elle était conçue comme une sorte de recette facile qui livrerait en soi tous les avantages du système canadien. Le modèle d’immigration canadien forme plutôt un ensemble, une grande politique d’accueil mobilisant toute la société, englobant certes ce que les organisateurs de cette conférence ont appelé « la gestion politique de la diversité », mais s’étendant au-delà à une véritable philosophie de la vie en société, érigée en principe constitutionnel : le multiculturalisme. J’y reviendrai.

« Liberty moves North: Canada’s example to the World », proclamait l’édition d’octobre 2016 de The Economist. Bel éloge, qui nous vient de toute part! Pourtant, nous Canadiens ferions bien de rejeter toute complaisance en dépit des compliments que nous vaut notre capacité d’accueil ainsi que la non-émergence chez nous de grands partis populistes et xénophobes. Notre modèle d’intégration des nouveaux venus est perfectible et nous avons à apprendre des autres pays.

Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas entendre et voir la xénophobie qui sévit trop souvent chez nous, ainsi que les crimes et les discours haineux et la discrimination, comme nous le rappelle opportunément un rapport récent du Comité des Nations-Unies pour l’élimination de la discrimination raciale. 5 Les difficultés vécues par les peuples indigènes du Canada sont à la mesure des efforts additionnels qu’il nous faut continuellement déployer pour rapprocher notre pays du modèle d’ouverture et de tolérance que le monde voit en lui.

Une considération qui devrait nous incliner à la modestie et nous prémunir contre l’envie de faire la leçon aux autres pays est l’avantage comparatif que nous procure notre emplacement géographique. Pour venir au Canada, il faut soit franchir un océan, soit traverser les États-Unis, obstacles qui limitent l’immigration irrégulière. Cet isolement géographique facilite non seulement la sélection des immigrants, mais aussi leur intégration, car l’éloignement physique du pays d’origine est une motivation psychologique à l’intégration au pays d’accueil. De plus, nous recevons une immigration vraiment diversifiée et multiculturelle et non en provenance d’une seule région : cela aussi facilite l’intégration. Cette situation géographique nous a aidés à sélectionner l’une des populations immigrantes les plus scolarisées au monde – en fait la plus scolarisée selon les données de l’OCDE. 6 Cela n’enlève en rien le mérite qui nous revient d’être un pays relativement accueillant et tolérant. Mais il faut reconnaître que notre capacité de garder sous contrôle la sélection et le rythme d’arrivée des immigrants nous rend la tâche moins difficile.

Quand le Premier ministre Trudeau a annoncé que le Canada ferait venir 25 000 réfugiés syriens, les Canadiens se sont mobilisés avec enthousiasme. Mais ils savaient que l’opération resterait sous contrôle et que les arrivées ne risquaient pas d’être multipliées par dix.

C’est là un avantage énorme, car c’est souvent le sentiment de perte de contrôle de l’immigration qui déclenche les vagues de xénophobie et de populisme.

Récemment, les Allemands ont fait preuve d’une générosité admirable quand des centaines de milliers de migrants ont afflué chez eux. Mais le sentiment que le flux des arrivées ne ferait que s’accélérer et créer une « avalanche » et que les autorités seraient de plus en plus débordées – en plus des agressions commises contre des femmes à Cologne – ont amplifié l’anxiété économique et identitaire dont ont profité les organisations xénophobes et un parti populiste. 7   Au Royaume-Uni, deux études suggèrent que le principal facteur qui a favorisé le vote pour le Brexit a été fait des inquiétudes envers l’immigration et de la croyance que le pays avait perdu le contrôle de ses frontières. 8  Au Canada même, ces derniers mois, lorsque des changements dans la politique américaine ont provoqué l’arrivée aux frontières canadiennes de quelques milliers de migrants irréguliers, s’est aussitôt enclenché un débat national qui rappelle ce que l’on entend en Europe, l’opposition et le gouvernement s’accusant mutuellement de laxisme et d’alarmisme alors que de nombreux Canadiens sont devenus inquiets. 9  Comme l’a justement reconnu le Premier ministre Trudeau, les Canadiens sont d’autant plus accueillants qu’ils ont confiance en l’intégrité du système d’immigration.

Ce rappel à la modestie étant fait, il demeure vrai que les Canadiens ont conçu un modèle d’intégration qui mérite d’être regardé de près. Les données comparatives compilées par l’OCDE en 2015, dans un volumineux rapport sur l’intégration des immigrants, montrent que la performance canadienne surpasse la moyenne des pays selon à peu près tous les indicateurs, qu’il s’agisse de l’accès à l’emploi, du pourcentage de nouveaux arrivants qui se disent victimes de discrimination, de l’accès à la citoyenneté, du revenu individuel ou familial en comparaison de la population totale, du niveau de santé par rapport au reste de la population, etc. 10

Ces bons résultats sont appuyés par de bonnes politiques. C’est ce qu’indique l’étude comparative publiée en 2015 par le Migration Policy Group et le Barcelona Center for International Affairs. 11

Selon ce Migrant Integration Policy Index, le Canada se classe au sixième rang sur 38 pays. 12 Trois résultats plutôt moyens coûtent au Canada une place sur le podium. Premièrement, le Canada n’obtient que le 18ième rang pour l’accès aux soins de santé, faible résultat qui tient aux restrictions imposées aux migrants sans papiers et aux demandeurs d’asile (les migrants légaux, eux, ont les mêmes droits d’accès que les citoyens canadiens). 13 Deuxièmement, le Canada ne se classe que 20ième du point de vue de la participation politique, essentiellement parce que chez nous les non-citoyens n’ont pas le droit de vote, même au niveau municipal. 14 Le troisième facteur qui coûte au Canada quelques rangs tient à une série de difficultés provoquées par l’augmentation récente du nombre de travailleurs étrangers temporaires, problème que le gouvernement fédéral actuel s’efforce de régler. 15 Je pense que ces trois faiblesses relatives décelées dans le modèle canadien tiennent au fait qu’il s’est bâti sur la prémisse de l’accès rapide des nouveaux arrivants à la citoyenneté et aux droits qui s’y rattachent, y compris touchant le vote, l’accès à la santé et le code du travail.

De fait, le Canada se classe bien du point de vue de l’accès à la citoyenneté, quoique moins bien qu’autrefois en raison des réformes de 2012 et 2014 qui auraient, selon les auteurs de cette étude, rallongé et bureaucratisé le processus. 16  Les auteurs sont d’avis que le processus rapide et simple d’accès à la citoyenneté est le principal facteur qui explique le succès du modèle canadien. Mais en plus, le Canada obtient de bons scores pour ses politiques d’accompagnement des immigrants, qu’il s’agisse de l’adaptation au marché du travail, des besoins spécifiques des familles d’immigrants et de leurs enfants – y compris les élèves en difficulté – et de l’aide à l’apprentissage des langues officielles du pays. Le Canada se classe au premier rang pour ses politiques de lutte contre la discrimination et de dialogue intercommunautaire. 17                        Au total, la population canadienne apparaît, selon cette étude, comme l’une des mieux disposées envers les immigrants et des mieux outillées pour réussir leur intégration.

Mais la bonne performance canadienne ne tient pas qu’à de bonnes politiques. Elle est aussi inspirée par une philosophie de la vie en société, le multiculturalisme. Celui-ci fait de la diversité canadienne une source de fierté et de l’inclusion un objectif national à promouvoir en permanence, placé au cœur de l’identité nationale. Le multiculturalisme est devenu l’un de symboles identitaires les plus populaires auprès des Canadiens, même plus que le hockey sur glace – ou que la Reine! 18

Au Québec, on préfère parler d’interculturalisme, pour souligner la nécessité de promouvoir auprès des nouveaux arrivants l’apprentissage de la langue française et des traits culturels qui distinguent le Québec. Mais les études qui ont comparé la politique d’immigration québécoise à celle du reste du Canada ont fait ressortir les nombreuses convergences. 19 On pourrait presque dire que l’interculturalisme, c’est le multiculturalisme en français.

Le multiculturalisme est une politique d’accueil et d’intégration qui mobilise toute la société et non pas seulement les gouvernements et les institutions publiques comme les écoles et les hôpitaux. Le secteur privé aussi est mis à contribution, d’autant qu’il apparaît de plus en plus clairement profitable pour une entreprise de s’ouvrir à la diversité. 20

Le multiculturalisme repose beaucoup sur l’existence de communautés, où se regroupent des citoyens partageant la même origine. Le but n’est pas de former des ghettos ethniques ou des sociétés parallèles comme on le prétend trop souvent. Il est plutôt d’entretenir au fil des générations une certaine connaissance des traits culturels du pays ou de la région d’origine et d’en faire profiter les autres Canadiens. Il est aussi de faciliter l’adaptation des nouveaux arrivants. Ceux-ci peuvent ainsi profiter des conseils et de l’aide de Canadiens qui sont passés à travers le même processus d’intégration que celui qui les attend.                                                  Ils leur procurent chaleur et réconfort et les guident dans leur recherche d’une formation, d’un emploi, d’une école, d’un quartier. Ils les aident à s’adapter aux us et coutumes de leur niveau pays, y compris à son rude climat!

Voici comment je décrivais ce processus d’intégration quand je m’adressais aux communautés de la très multiculturelle circonscription montréalaise dont j’ai été le député fédéral pendant vingt-et-un ans. Je disais que la première génération d’immigrants est accueillie par sa communauté d’origine, la deuxième génération a accès au système d’éducation et la troisième génération amène à la maison un copain ou une copine d’une autre communauté. Il est souvent arrivé que des parents qui m’écoutaient étaient émus au point d’en avoir la larme à l’œil et certains venaient me dire : M. Dion, c’est exactement comme ça que ça s’est passé, sauf que chez nous c’est arrivé dès la deuxième génération!

Le multiculturalisme ainsi conçu et mis en œuvre permet une intégration graduée et réussie. Nul n’est obligé de renoncer à ce qu’il a été pour devenir Canadien. Au contraire, on lui demande de partager les traits universels de sa culture avec les autres Canadiens. Les résultats, tels qu’ils ressortent des travaux du professeur Will Kymlicka et d’autres chercheurs, sont éloquents : les nouveaux arrivants s’identifient très fortement au Canada et sont fiers de leur nouveau pays, autant sinon plus que les autres Canadiens. 21 Justement parce qu’ils se sont sentis acceptés et accueillis, ils adhèrent d’autant aux valeurs libérales de démocratie, de solidarité et d’égalité des sexes. Les effets positifs du multiculturalisme se vérifient chez les Canadiens de toutes origines ou confessions, même chez les musulmans souvent accusés à tort d’être incapables de s’adapter. 22

Mais le succès du multiculturalisme ne doit jamais être pris pour acquis, il doit faire l’objet d’une mobilisation permanente. En vingt-et-un an comme député de Saint-Laurent – Cartierville, je n’ai eu que très peu de weekends à moi et mon cas n’a rien d’exceptionnel.

Les élus municipaux, provinciaux, fédéraux sont auprès des communautés pour leurs rencontres, festivals et célébrations. Ils assistent aux cérémonies de citoyenneté, conçues comme un grand moment, une fête à l’image d’un mariage en fait, célébrée avec les parents, les amis, la communauté. Lorsqu’une communauté connaît une difficulté, il faut obtenir des autres qu’elles manifestent leur soutien, surtout s’il s’agit de communautés dont les pays d’origine s’entredéchirent. Quand une bibliothèque de ma communauté juive a été incendiée par un acte criminel et haineux, j’ai veillé à ce que toutes les communautés viennent à la vigile de solidarité.

En conclusion, je dirais que c’est à tort que l’on entend dire dans certains pays que le multiculturalisme y a échoué. En fait, on peut douter que ces pays l’aient vraiment mis à l’essai. D’abord, le multiculturalisme ne peut exister dans des pays où l’obtention de la citoyenneté est difficile et fait l’objet d’un processus long et compliqué. Le multiculturalisme induit au contraire ce que John Ralston Saul appelle la célébration de la citoyenneté. 23 Avec le multiculturalisme, tout le processus d’immigration est conçu pour qu’on vienne dans le pays pour en être un citoyen à part entière et non pas seulement pour y trouver un emploi lucratif. Et quand l’on se promène dans les rues, y compris dans les grandes villes, les êtres humains que l’on croise sont presque toujours des citoyens, et non des sortes de zombis au regard de l’État ayant des statuts compliqués, temporaires ou incertains.

Le multiculturalisme s’épanouit difficilement dans des pays qui n’admettent pas la double citoyenneté ou les citoyennetés multiples. On ne vous demande pas de renoncer à ce que vous êtes pour devenir citoyen. On vous demande de partager les traits universels de votre culture et d’être ouvert à l’apport des autres.

Avec le multiculturalisme, on n’abandonne pas les nouveaux arrivants seuls dans la nature. Une panoplie complète de politiques est déployée pour les accompagner à toutes les étapes de leur processus d’intégration. Les entreprises privées aussi trouvent avantage à développer leurs propres politiques d’inclusion.

Bien sûr, le multiculturalisme ne peut qu’échouer là où l’on se méfie de la vie communautaire et où on la confond avec le refus de s’intégrer au pays. Au contraire, les communautés doivent être appuyées et encouragées en tant que maillon essentiel à la réussite d’une intégration graduée.

Enfin, le multiculturalisme ne peut réussir là où l’identité nationale est conçue comme étant immuablement figée par l’histoire. Que vos ancêtres reposent dans les cimetières du pays depuis des siècles ou que vous soyez tout récemment arrivé, cela ne change rien au fait que l’égalité de tous les citoyens devant la loi doit se refléter dans les attitudes. Chacun est accepté pour ce qu’il peut apporter.

Voilà les enseignements que l’on peut tirer de l’expérience canadienne, avec ses réussites et points à améliorer. Elle repose sur l’idée que si la diversité est un fait, l’inclusion est un choix, le bon choix. Un choix dont la quête doit s’ouvrir à l’expérience des autres pays, y compris, bien sûr, de la Belgique. Voilà pourquoi je vais maintenant écouter avec grand intérêt les échanges entre les experts belges et canadiens ici réunis. Je rapporterai au gouvernement du Canada les conclusions de vos recherches et délibérations, lesquelles, je n’en doute pas, nous guideront dans la voie qui mène aux sociétés inclusives.

L’inclusion est le bon choix.     Wir schaffen das.    We’ll make it.     Nous allons y arriver.               

We zullen er geraken!


Notes de bas de page

1 Naël Shiab, « Un Canada sans immigrants : Que se passerait-il si le Canada arrêtait tout d’un coup d’accueillir des immigrants ? », L’actualité,  June 28, 2017, http://lactualite.com/societe/2017/06/28/un-canada-sans-immigrants/.

2 OCDE/Union européenne, « Les indicateurs de l’intégration des immigrés / Trouver ses marques »,2015, Publications de l’OCDE, Paris, 29. http://dx.doi.org/10.1787/9789264234024-en.

3 Canada, Statistiques Canada, « Projections démographiques pour le Canada, les provinces et les territoires2009 à 2036 », Catalogue no. 91-520-X. Ottawa, 2010, 43. http://www.statcan.gc.ca/pub/91-520-x/91-520-x2010001-eng.pdf.

4 OCDE/Union européenne, «Les indicateurs de l’intégration des immigrés / Trouver ses marques »,2015, Publications de l’OCDE, Paris, 17. http://dx.doi.org/10.1787/9789264234024-en.

5 Nations Unies. Comité pour l’élimination de la discrimination raciale. « Observations finales concernant les vingt et unième à vingt-troisième rapports périodiques du Canada », 93e session, 2017. http://tbinternet.ohchr.org/_layouts/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=CERD/C/CAN/CO/21-23&Lang=En.

6 OCDE/Union européenne, « Les indicateurs de l’intégration des immigrés / Trouver ses marques »,2015, Publications de l’OCDE, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/9789264234024-en.

7 Dietrich Thränhardt, “From Welcome Culture to Welcome Realism. Refugee Integration in Germany” dans Refugees and the Media in Germany, Éditions Giovanna dell'Orto et Irmgard Wetzstein (Autriche et Grèce, 2017). https://www.uni-muenster.de/imperia/md/content/ifpol/thr__nhardt__dietrich_-_from_welcome_culture_to_welcome_realism._refugee_integration_in_germany.pdf.

8 Meleady, Rose, Charles R. Seger et Marieke Vermue, “Examining the role of positive and negative intergroup contact and anti-immigrant prejudice in Brexit”, dans The British Psychological Society (2017) ; et Roger Harding, Key Findings: A kind-hearted but not soft-hearted country, 2017, Le Centre national britanique en recherche sociale des attitudes 34.   http://www.bsa.natcen.ac.uk/latest-report/british-social-attitudes-34/key-findings/context.aspx.

9 Institut Angus Reid. “Half of Canadians say their country is ‘too generous’ toward illegal border crossers”, septembre 2017. http://angusreid.org/asylum-seekers-quebec-refugees/.

10 OCDE/Union européenne, « Les indicateurs de l’intégration des immigrés / Trouver ses marques »,2015, Publications de l’OCDE, Paris. http://dx.doi.org/10.1787/9789264234024-en.

11 Thomas Huddleston, Özge Bilgili, Anne-Linde Joki et Zvezda Vankova, “Migrant Integration Policy Index 2015”, 2015, CIDOB et MPG, Barcelone/ Bruxelles.  http://mipex.eu/sites/default/files/downloads/files/mipex-2015-book-a5.pdf.

12 Ibid., 85.

13 Ibid., 87.

14 Ibid.

15 Ibid., 86.

17 Ibid., 87.

18 Jeffrey Reitz, “Pro-immigration Canada: Social and Economic Roots of Popular Views,” Études IRPP,  20 (2011):

15. http://irpp.org/wp-content/uploads/assets/research/diversity-immigration-and-integration/pro-immigration-canada/IRPP-Study-no20.pdf.

19 Eike Winter (avec l’assistance en recherché d’Adina Madularea), “Multiculturalism Research Synthesis 2009-2013”, 2014, un rapport CERIS soumis à Citoyenneté et Immigration Canada, Ottawa. http://ceris.ca/wp-content/uploads/2015/01/CERIS-Research-Synthesis-on-Multiculturalism.pdf.

20 Bessma Momani et Jillian Stirk, “Diversity Dividend: Canada’s Global Advantage”, 2017, Rapport spécial du Centre pour la gouvernance et l’innovation international et la Fondation Pierre Elliott Trudeau, Canada. http://www.fondationtrudeau.ca/sites/default/files/diversityspecial_report_final-web.pdf.

21 Will Kymlicka, “Multiculturalism: Success, Failure, and the Future”, 2012, Institut des politiques sur la migration, Washington, DC. https://www.humanityinaction.org/files/514-multiculturalism.pdf. ; et Eike Winter (avec l’assistance en recherche d’Adina Madularea), “Multiculturalism Research Synthesis 2009-2013”, 2014, un rapport CERIS soumis à Citoyenneté et Immigration Canada, Ottawa. http://ceris.ca/wp-content/uploads/2015/01/CERIS-Research-Synthesis-on-Multiculturalism.pdf.

22 L’Institut Environics pour les sondages de recherche, “Survey of Muslims in Canada 2016”, April 2016.  

http://www.environicsinstitute.org/uploads/institute-projects/survey%20of%20muslims%20in%20canada%202016%20-%20final%20report.pdf.

23 John Ralston Saul, “Immigration and Identity”, IAI TV, 28 février, 2017,

https://iainews.iai.tv/articles/immigration-and-identity-auid-783.

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Date de modification :
2017-09-26