Le Canada et le Ghana luttent sur les ondes contre le mariage forcé en bas âge


Un aîné traditionnel donne son opinion sur le rôle des chefs traditionnels dans la lutte contre les mariages forcés en bas âge

Le Canada aide à sensibiliser la population ghanéenne sur les causes et effets du mariage forcé en bas âge (MFBA).

Le haut-commissariat du Canada au Ghana a prêté son concours à une tribune médiatique diffusée à la radio dans le but de renseigner la population sur le MFBA et ses conséquences pour les femmes et les enfants.


Des experts discutent avec enthousiasme de la question du mariage forcé en bas âge lors d’une émission radiophonique diffusée en direct sur les ondes de SKYY Radio.

Selon la loi ghanéenne de 1960 sur les infractions criminelles (loi 29), il est illégal de contraindre quiconque au mariage. La loi de 1998 sur les enfants (loi 560) interdit également le mariage forcé des enfants. Or, malgré ces deux lois, très peu de mesures ont été prises pour éliminer cette pratique. Preuve que celle-ci est bien ancrée : depuis 2003, le nombre de mariages forcés a diminué d’à peine 1 %.

De nombreux Ghanéens ignorent à quel point le MFBA est répandu au pays. La tribune a révélé à l’auditoire la ténacité et les racines profondes de cette pratique dans la société ghanéenne, surtout dans la partie occidentale du pays. 

Un communiqué diffusé conjointement par les Nations Unies et la presse ghanéenne indique que 25 % des jeunes Ghanéennes sont mariées avant d’atteindre 18 ans. L’enquête en grappe à indicateur multiple sur la question révèle en outre que 27 % des femmes de 20 à 24 ans étaient mariées avant l’âge de 18 ans.

Les participants à la tribune ont pris le temps de discuter des lois existantes qui font du MFBA un crime, ainsi que de diverses institutions publiques et privées qui viennent en aide aux victimes du MFBA et aux filles qui pourraient le devenir.

Une jeune femme ayant appelé pendant l’émission radiophonique en direct a raconté son expérience :

« Mes parents m’ont donnée en mariage à un homme de 47 ans alors que j’avais 13 ans. J’ai vécu sept ans de supplice et de domination, et je ne souhaite à aucune fille d’endurer une pareille épreuve. Ça fait maintenant deux ans qu’on m’a empêché de voir mes enfants, mais, grâce à votre émission, je sais maintenant où aller demander de l’aide. » 

Pendant l’émission, on a également présenté certains organismes, dont la Commission des droits de l’homme et de la justice administrative, l’unité de violence familiale du Service de police du Ghana, la Fédération internationale des femmes juristes (FIDA-Ghana) et Women in law and Development (WILDAF).

La tribune, qui a eu lieu dans les studios de SKYY Media House, a rassemblé des représentants de la Commission des droits de l’homme et de la justice administrative, du Conseil des chefs traditionnels, de la Commission de l’éducation de la région de l’Ouest, de la communauté religieuse et du haut‑commissariat du Canada.

Le Nana Kobina Nkestia IV Trust, qui coorganise la tribune médiatique avec Skyy Media – un réseau de radiodiffusion et de télédiffusion dans la région occidentale – compte diffuser périodiquement des extraits des discussions tenues pendant la tribune sur le réseau de Skyy, ainsi que produire un court métrage sur le MFBA afin de promouvoir les initiatives de lutte contre cette pratique, en particulier dans la région occidentale.

La tribune a suscité des discussions sur les ondes de la plupart des radios communautaires, sur les moyens de faire échec à la pratique du MFBA.

« C’est une initiative extrêmement importante, car elle souligne l'ampleur du mariage forcé en bas âge au Ghana et les effets qu'il a sur l’épanouissement des filles et des jeunes femmes. C'est un enjeu qui concerne directement les parents, les religieux et les chefs traditionnels. Cela nécessitera un effort concerté à plusieurs niveaux pour surmonter cette pratique et protéger les droits des femmes et des filles. Un vrai pas en avant ». -
Trudy Kernighan, haut-commissaire du Canada.