Jeunes filles forcées au mariage : voix kényanes

En octobre, une agente de programmes du Groupe de travail pour la stabilisation et la reconstruction (GTSR) d’Affaires mondiales Canada s’est rendue au Kenya pour superviser plusieurs programmes actifs subventionnés par le ministère. Au cours de cette visite, cette agente a eu l’occasion de recueillir le témoignage de jeunes filles vivant dans le bidonville de Korogocho, à Nairobi. Ces jeunes femmes, qui ont été données en mariage alors qu’elles n’étaient que des fillettes, ont souhaité que leur histoire soit communiquée au monde entier pour attirer l’attention sur le problème du mariage des enfants, du mariage précoce et du mariage forcé, parce qu’elles refusent que d’autres jeunes filles aient à subir les horreurs qui hantent leur vie.

Voici leurs témoignages :


Chulki Nadi

Chulki Nadi

Cette incroyable jeune femme a été mariée à 14 ans. Retirée de l’école contre son gré par ses parents, Chulki a été contrainte d’épouser un homme plus âgé que son propre père.

Son mari avait deux enfants nés d’un précédent mariage, âgés de 10 et 12 ans respectivement. À 15 ans, elle a donné naissance à son premier enfant, une fille, puis à une deuxième fille à l’âge de 18 ans.

Chulki subissait constamment les violences physiques et affectives infligées par son mari, qui lui interdisait de quitter la maison. Elle est restée avec son mari pendant six ans par respect pour ses parents, en se disant qu’elle ne méritait pas mieux dans la vie.

Aux prises avec la dépression, elle a tenté de se suicider à trois reprises avant de fuir son mari pour revenir auprès de ses parents, qui l’ont rejetée et stigmatisée parce qu’elle avait abandonné le domicile conjugal.

Dans sa lutte pour survivre, Chulki a pu compter sur un oncle compatissant, qui l’a autorisée à venir vivre chez lui. Depuis plus de deux ans, Chulki est dans l’incapacité de voir ses filles, aujourd’hui âgées de quatre et six ans, qui vivent toujours chez leur père.

Chulki a aujourd’hui 22 ans. Elle ne peut pas trouver de travail parce qu’elle ne dispose pas des documents nécessaires pour cela, et qu’elle n’a pas terminé sa scolarité. Il lui est aussi impossible d’obtenir la garde de ses filles parce qu’elle n’a pas les moyens de payer des honoraires d’avocat. Quand elle était encore à l’école, elle rêvait de devenir infirmière, et continue de poursuivre cette ambition aujourd’hui. Elle a récemment repris confiance en elle-même et elle veut parler des douloureuses conséquences du mariage des enfants. Elle espère que dans le monde, plus aucune jeune fille n’aura à subir les épreuves auxquelles elle a dû faire face en tant que fillette mariée de force.


Lilian Neema

Lilian Neema

Neema a été mariée de force quand elle avait 15 ans.

Quand les parents de Neema ont divorcé, sa mère n’avait pas assez d’argent pour subvenir aux besoins de sa fille. Neema a donc été contrainte d’interrompre sa scolarité pour se marier.  

Son mari la frappait souvent avec une grande violence. Parfois, les coups cessaient seulement à la suite de l’intervention de la police ou du voisinage.

Neema a tenté de se suicider quand elle est tombée enceinte. Son mari a continué de la frapper pendant sa grossesse; aussi, Neema a fui le domicile conjugal quand elle était enceinte de sept mois. Elle est retournée chez son père, qui a eu honte des souffrances subies par sa fille.

Neema a vécu avec son père et sa belle-mère, et a accouché chez eux car elle n’avait pas les moyens d’aller à l’hôpital. À la naissance de sa petite fille, sa belle-mère, jalouse, a commencé à raconter des mensonges au père de Neema, qui a commencé à frapper sa fille régulièrement, et a fini par la jeter dans la rue avec son bébé.

Neema a vécu dans la campagne chez sa grand-mère pendant quelques mois, puis a déménagé dans le bidonville de Korogocho, à Nairobi, pour y trouver du travail.

Aujourd’hui, Neema loue une petite cabane de tôles, où elle vit avec sa fille, et elle lave les vêtements des personnes de sa communauté contre de modiques sommes d’argent (généralement moins d’un dollar). Elle aime voir l’évolution de sa fille, et elle espère être pour elle un meilleur modèle que ses parents.

Neema veut que sa fille aille à l’école et ne la forcera jamais à se marier.


Abdia Abdi

Abdia Abdi

Le père d’Abdia l’a obligée à quitter l’école quand elle avait 13 ans. À 14 ans, elle était mariée.

Son mari buvait et la battait souvent. Deux mois après son mariage, elle était enceinte. Malheureuse et vivant dans la peur constante de son mari, Abdia a fui chez son père. Bien que ce dernier n’ait pas été heureux de la voir revenir, il l’a autorisée à vivre chez lui, à l’abri des coups de son mari.

Abdia a donné naissance à un petit garçon, qui a maintenant cinq mois. Son mari ne leur procure aucun soutien financier.

Abdia, qui a maintenant 17 ans, est une jeune femme assurée qui évoque ouvertement les mauvais traitements qu’elle a subis. Elle passe son temps à cuisiner et à faire le ménage, mais elle ne peut pas trouver de travail car elle ne dispose pas de papiers d’identité.


Clarence Kanini

Clarence Kanini

Clarence avait 14 ans quand on l’a retirée de l’école. Conformément aux pratiques culturelles de son peuple, elle voulait se marier, et à 16 ans, c’était chose faite. Elle a donné naissance à sa fille à l’âge de 17 ans. Deux mois plus tard, son mari a disparu lors d’un tragique accident, et elle s’est retrouvée seule, mère célibataire sans éducation, à devoir se débrouiller pour survivre. Aujourd’hui âgée de 19 ans, Clarence se prostitue pour obtenir de modestes sommes d’argent et subvenir aux besoins de sa fille, qui a maintenant deux ans. Elle trouve que la vie est très difficile dans les bidonvilles de Nairobi. Elle regrette de s’être mariée aussi jeune et d’avoir quitté l’école. Elle a aujourd’hui deux filles, et elle est déterminée à ce que celles-ci poursuivent une scolarité et ne se marient pas à un jeune âge.