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Mission Permanente du Canada auprès des Nations Unies

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In Memoriam - Glyn Berry

La Mission permanente du Canada auprès des Nations Unies a dédié sa salle de conférence principale à la mémoire du ministre-conseiller Glyn Berry, le 14 juin, date à laquelle il aurait célébré son 60ième anniversaire de naissance. M. Berry a été tué le 15 janvier dans l’exercice de ses fonctions de directeur principal des affaires politiques pour l’équipe de reconstruction de la province de Kandahar, en Afghanistan.

Glyn Berry s’adresse au Conseil de sécurité en 2004
Glyn Berry s’adresse au Conseil de sécurité en 2004.

Glyn Berry était un diplomate canadien du plus haut calibre qui a mené une longue et brillante carrière au sein du service extérieur pendant laquelle il a été affecté à Oslo, Washington, La Havane, Londres et Islamabad.

Né à Northhampton au Royaume-Uni, Glyn aimait passionnément la politique, la diplomatie, l'histoire, le rugby gallois, le chant et, avant tout, sa famille et ses amis. Aventurier et indépendant dans l'âme, il a su apporter, partout où il a été affecté, la chaleur, l'intelligence et la sagesse qui le caractérisaient si bien.

Salle de conférence Glyn Berry

Au sein de la mission canadienne auprès des Nations Unies, Glyn a dirigé la section politique et a mené les efforts du Canada visant à promouvoir la responsabilité internationale de protéger. En tant que président du groupe de travail du Comité spécial sur les opérations de maintien de la paix, il a joué un rôle de premier plan dans l’élaboration d’initiatives visant à améliorer le maintien de la paix.

Ici, comme en Afghanistan, il tentait de nous faire comprendre que le défi de longue haleine est la consolidation de la paix, tâche minutieuse qui consiste à assister les états fragiles à atteindre la stabilité et la sécurité. L’engagement de Glyn Berry envers les idéaux des Nations Unies est, pour nous tous, une inspiration dans la poursuite de son œuvre

À la dédicace du 14 juin, l'ambassadeur Allan Rock a donné l'allocution suivante.


L’Ambassadeur Rock dédie la salle de conférence à la mémoire de Glyn Berry
L’ambassadeur Rock dédie la salle de conférence à la mémoire de Glyn Berry.

Allocution de l’ambassadeur Allan Rock
représentant permanent du Canada auprès des Nations Unies lors de l’inauguration de la salle de conférence Glyn Berry

New York, le 14 juin 2006

La présence, ici aujourd’hui, d’un si grand nombre d’entre vous, issus d’une multitude de missions et de secteurs des Nations Unies, témoigne de l’immense popularité de Glyn, et de l’étendue de ses relations. De toute évidence, pour la mission du Canada, cette journée revêt une signification toute particulière. Or, c’est au nom de l’ensemble du personnel que je vous souhaite très chaleureusement la bienvenue et que je vous adresse mes plus sincères remerciements d’être ici avec nous.

Glyn Berry est né le 14 juin 1946. Toutefois, c’est avec une profonde tristesse qu’au lieu de célébrer son soixantième anniversaire de naissance, nous commémorons aujourd’hui l’anniversaire de son décès, survenu il y a six mois.

Et si nous sommes ici aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour honorer sa mémoire, mais aussi parce que nous voulons que d’autres se souviennent de son engagement et de son travail. Glyn Berry était un être exceptionnel, et nous estimons qu’il est important de tirer des leçons importantes de ses réalisations.

Glyn est entré au ministère des Affaires extérieures du Canada, comme on l’appelait à l’époque, en 1977, après avoir obtenu un doctorat en sciences politiques.

À ses débuts à Ottawa, il a contribué à l’orientation des relations commerciales, économiques et sécuritaires du Canada avec les États-Unis et avec l’Europe.

Il a ensuite été affecté pour la première fois à l’étranger à l’ambassade du Canada en Norvège. Par la suite, il a brièvement occupé un poste à Washington, avant d’être muté à la Havane, Cuba – étant donné son sens de l’humour, cette transition a dû le faire sourire, en plus d’enrichir son expérience politique.

En 1993, Glyn s’est rendu en Angleterre en qualité de conseiller auprès de notre haut commissariat à Londres. Toutefois, ce n’est que lors de sa dernière affectation, pendant laquelle il a occupé des fonctions au haut commissariat du Canada au Pakistan qu’il a découvert sa vraie passion. C’est à cette occasion qu’il a séjourné pour la première fois en Afghanistan. Il a ainsi commencé à s’intéresser aux groupes ethniques et tribaux présents dans cette région difficile.

Après le Pakistan, Glyn est venu ici, à New York, où son quotidien était désormais largement différent de ce qu’il avait connu dans le sud de l’Asie.

Grâce à ses expériences diversifiées, il était bien préparé pour mener à bien les tâches qui lui seraient confiées aux Nations Unies. C’est alors qu’il s’est acharné à renforcer le cadre visant à assurer la paix et la sécurité collective – c’est à dire, cette tâche même à laquelle vous vous consacrez tous quotidiennement, avec détermination.

Comme vous le savez, Glyn était un membre clé de l’équipe de la mission. Il y a dirigé la section politique, mais il s’est probablement surtout fait connaître par son travail à l’extérieur de la mission, en qualité de président du Groupe de travail du Comité spécial des opérations de maintien de la paix. Ceux d’entre vous qui ont assisté à des réunions présidées par Glyn savent que, par son assurance, il arrivait à dégager un consensus sur des questions parfois difficiles, y compris la réglementation, la gestion et la vérification des activités de maintien de la paix.

Il a véhiculé avec acharnement l’idée que principal défi d’aujourd’hui réside non seulement dans le maintien de la paix, mais aussi dans la consolidation de la paix, c’est à dire cette tâche difficile qui consiste à aider des pays détruits par la guerre à reconstruire leur économie et à renforcer les institutions étatiques essentielles, telles que les tribunaux et les forces de police.

Glyn Berry à New York
Glyn Berry à New York.

Bien entendu, Glyn n’était pas qu’un collègue talentueux, il était aussi un ami précieux. Son sens de l’humour bien aiguisé, comme son sens de l’ironie, réussissaient à alléger l’atmosphère, même dans les situations les plus tendues. À de nombreuses occasions, dans cette salle même, il nous a tous ramenés à la réalité, par des commentaires sagaces, qui nous rappelaient l’objet véritable de notre travail.

À une étape de sa carrière où il aurait pu choisir le confort d’un poste de travail de bureau à Ottawa, il a plutôt choisi les conditions de vie difficiles de l’Afghanistan. En effet, c’est dans ce pays que se posent certains des défis actuels les plus difficiles du point de vue de la politique étrangère. Or, pour la sécurité et la stabilité de l’Eurasie, voire du monde entier, il est absolument essentiel de s’attaquer à ces enjeux.

Il s’agissait là d’une mission extrêmement difficile, mais Glyn s’est porté volontaire, car il croyait au bien fondé des efforts collectifs déployés en Afghanistan, à savoir aider à reconstruire un pays détruit, et il estimait pouvoir apporter une contribution toute spéciale à cet égard.

Je me souviens comme si c’était hier du jour où il est venu dans mon bureau me dire qu’en ma qualité de chef de mission, je n’avais d’autre choix que d’approuver sa mutation, pour laquelle il avait déjà présenté une demande. Bien entendu, sans plus de précisions, j’ai donné immédiatement mon approbation. Toutefois, une fois qu’il m’eut expliqué de quoi il s’agissait, je suis revenu sur ma décision.

Mais l’idée d’effectuer cette mission suscitait chez lui l’enthousiasme débordant d’un écolier. En fait, il craignait surtout qu’un plus jeune que lui prenne sa place. De même, il n’a pas ménagé ses efforts pour pouvoir répondre aux critères physiques et médicaux du poste en question. Aussi, je vous laisse imaginer mon étonnement quand, à 6 h 30 du matin, à l’orée de Central Park, alors que je courais, haletant, sur la 59e avenue, vers mon domicile, j’ai vu courir vers moi, tout pantelant, un type qui avait commencé à courir pour la première fois à l’âge de 59 ans. Et cela, pour réussir les tests médicaux qui l’autoriseraient à se rendre en Afghanistan. C’est ce que l’on appelle de la détermination.

Glyn n’était pas un boy-scout, aveuglé par quelques idéaux. Il ne partait pas en mission pour changer le monde. Tous connaissaient son réalisme à toute épreuve. Il était également animé par une profonde compassion pour ces gens dont il voulait améliorer les conditions de vie. Et, dans l’exercice de ses fonctions en Afghanistan, il a mis à contribution toutes ses ressources, y compris son énergie, son courage et sa détermination.

J’estime qu’il a fait preuve d’une grande polyvalence, digne d’un diplomate du XXIe siècle. Il pouvait non seulement porter le veston et la cravate, pour négocier patiemment et poliment dans une salle de conférence comme celle ci, mais aussi, au besoin, passer un gilet pare éclats et porter un casque, pour aller parlementer avec des chefs tribaux ou des seigneurs de la guerre, dans des coins reculés, difficiles d’accès.

Sa vie et son travail incarnent ce qu’au Canada, nous croyons être l’avenir de la diplomatie, qui part du principe que les personnes revêtent une importance prioritaire, et que la sécurité réside avant tout dans la sécurité humaine et dans la délivrance face à la peur.

En fait, il a su montrer que le service extérieur n’est pas qu’une carrière, mais que, par notre action collective, nous pouvons faire œuvre utile et apporter une contribution noble, de nature à améliorer la vie des gens, et cela, de façon à servir, avec honneur et distinction, le pays que nous avons le privilège de représenter.

L’épouse de Glyn, Valerie, et leurs deux fils, Rhys et Gareth, ne peuvent être présents ici aujourd’hui. Toutefois, Valerie m’a fait parvenir un message dont je souhaite vous donner lecture :

«Je sais que Glyn aurait été extrêmement honoré de cet hommage rendu à son travail, le jour de son 60e anniversaire. Toutefois, ce qu’il aurait aimé avant tout, c’est d’être en votre compagnie, de saluer de vieux amis et d’anciens collègues, de débattre des questions de l’heure, du travail exceptionnel accompli par l’intermédiaire des Nations Unies, et des nombreux défis que doivent encore relever les décideurs et les dirigeants de la planète. Les catastrophes naturelles, ou provoquées par l’homme, comme les conflits, semblent se succéder sans fin, et la communauté internationale a fort à faire. Glyn avait le privilège de participer à ces efforts. Je sais en outre qu’il serait très heureux d’apprendre que son travail se poursuivra.»

Le père de Glyn venait du pays de Galles, ce dont il n’était pas peu fier. C’est pourquoi je tiens à terminer par un proverbe gallois qui, j’en suis convaincu, aurait beaucoup plu à Glyn :

«Avant de diriger, il faut savoir rassembler.»

Glyn savait que pour être un chef de file aux Nations Unies, il faut d’abord aider les autres à réaliser leurs objectifs, et que la réussite véritable des Nations Unies repose sur celle de tous.

La mission du Canada espère qu’à l’avenir, ceux qui se réuniront ici, dans la salle de conférence Glyn Berry, seront inspirés par son exemple, c’est-à-dire celui d’un homme qui a su jeter des ponts entre les nations.

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Date de modification :
2011-04-05