Déclaration des ambassadeurs et des hauts-commissaires au Kenya en vue de la nouvelle élection présidentielle

Le 2 octobre 2017

Nous, ambassadeurs et hauts-commissaires, avons rencontré aujourd’hui les dirigeants de la Commission indépendante chargée des élections et du découpage électoral (Independent Electoral and boundaries Commission, IEBC) afin de discuter des préparatifs en vue de la nouvelle élection présidentielle. En tant qu’amis dévoués du Kenya, nous avons suivi de très près les récents développements à ce sujet. Nous sommes profondément préoccupés par la détérioration du contexte politique et par les incidences de celle-ci sur les préparatifs en vue de l’élection. Nous croyons qu’il est temps que les dirigeants et les citoyens du Kenya unissent leurs efforts pour favoriser la tenue d’une élection libre, équitable, crédible et pacifique.

Nous tenons donc à communiquer les réflexions suivantes.

Tout d’abord, nous sommes neutres et notre seule intention est de contribuer à ce que le peuple du Kenya puisse avoir une élection réussie. Nous n’appuyons aucun parti ni aucun candidat, et nous ne sommes favorables à aucun résultat en particulier. Nous n’avons soutenu aucun politicien lors de l’élection du 8 août, et nous n’en appuierons aucun lors de cette élection.

Nous sommes plutôt déterminés à appuyer la Constitution, les lois et les institutions du Kenya. Celles-ci sont essentielles à une démocratie forte, et toutes les parties devraient les respecter. En tant que partenaires, nous avons apporté de l’aide à l’IEBC ainsi que dans les domaines de l’éducation des électeurs et de la consolidation de la paix au Kenya. Nous poursuivons nos efforts de soutien au cours de la période préparatoire à la nouvelle élection.

Le 1er septembre, la Cour suprême du Kenya a rendu une décision historique. Maintenant, tous les partis doivent se préparer à l’élection en respectant l’échéancier de 60 jours qui est inscrit dans la Constitution. Il est essentiel que ce processus électoral se déroule mieux que le précédent et qu’il soit libre, équitable, crédible et pacifique. Il doit être mené en conformité avec la Constitution et les lois du Kenya.

Pour ce faire, l’IEBC doit agir avec décision, et tout le monde doit respecter son indépendance. Les dirigeants des deux côtés doivent lui présenter des demandes acceptables et agir raisonnablement avant et après la nouvelle élection. Il serait impossible de redéfinir l’IEBC de façon à ce qu’elle réponde à toutes les demandes politiques, et tout le monde devrait s’abstenir de nuire à ses efforts. Tous les acteurs doivent la respecter et lui laisser le temps et la liberté nécessaires. Elle ne doit pas être paralysée, puisqu’il s’agit de la seule institution au Kenya qui peut mener l’élection et faire en sorte que les Kényans puissent choisir leur président. Cette élection est une occasion pour les deux côtés de démontrer leur leadership, de renforcer la démocratie du Kenya et d’accroître le prestige du pays à l’échelon international.

Malheureusement, c’est le contraire qui semble vouloir se produire. Par exemple, la version préliminaire du projet de loi visant à modifier la loi électorale risque de nuire à la capacité de l’IEBC à réaliser une meilleure élection en respectant l’échéancier obligatoire de 60 jours, et elle a pour effet d’accroître les tensions politiques. Les Kényans peuvent débattre du bien-fondé des changements électoraux, mais le moment choisi est très problématique. Il faut du temps pour réformer de manière judicieuse un système électoral déjà bien établi. Ce genre de réforme nécessite une réflexion poussée et un commun accord de tous les partis. De plus, selon les pratiques exemplaires reconnues à l’échelon international, il convient d’éviter de procéder à des changements électoraux peu avant une élection.

Dans le même ordre d’idées, la liste grandissante des demandes politiques, la rhétorique incendiaire et les menaces de boycottage réduisent les capacités de l’IEBC à réaliser la tâche qui lui a été confiée en vertu de la Constitution et qui consiste à organiser une nouvelle élection. Par exemple, si des employés de l’IEBC doivent être destitués, cela doit être fait uniquement par les autorités pertinentes, en respectant la loi et les règlements qui s’appliquent. 

Nous exhortons tous les partis à entreprendre immédiatement un véritable dialogue avec l’IEBC au sujet des procédures et des processus électoraux. Les demandes soumises à l’IEBC doivent être concrètes, précises et adéquates. L’IEBC devrait ensuite prendre des décisions raisonnables et équitables, et l’élection devrait avoir lieu comme la Cour suprême l’a exigé.

Nous exhortons également tous les dirigeants et citoyens du Kenya à rejeter la violence. La communauté internationale observe le Kenya et chaque étape de son processus électoral. Nous observons aussi les propos et les gestes des politiciens disent. Les dirigeants kényans devraient rejeter publiquement la violence et faire en sorte que leurs partisans fassent de même. Certains Kényans alimentent les tensions communautaires et cela doit cesser. Les services de sécurité devraient faire preuve de la plus grande retenue lorsqu’ils gèrent des manifestations, et toute intervention doit être proportionnée et mesurée. Nous demandons instamment que des enquêtes soient menées sur les allégations d’utilisation d’une force abusive. Les personnes coupables d’avoir commis des abus devraient être tenues responsables devant la loi.

La liberté des médias est essentielle. Les médias devraient être protégés et pouvoir couvrir l’élection sans être intimidés. Tous les médias, qu’ils soient traditionnels ou nouveaux, devraient être indépendants, équitables et équilibrés dans leur couverture, et s’efforcer d’éviter de diffuser des distorsions et des renseignements erronés.  

Dans les derniers mois, le Kenya a connu une forte augmentation, surtout dans les médias sociaux, de « fausses nouvelles », de discours haineux et de profilage racial. En outre, des personnes et des institutions, comme l’appareil judiciaire et l’IEBC, ont fait l’objet d’attaques sans fondement. Nous sommes favorables à la liberté de parole, mais les attaques sans fondement doivent cesser, et les dirigeants devraient œuvrer à cette fin. De telles attaques risquent de compromettre la Constitution du Kenya, la primauté du droit et la paix et la sécurité.  

La société civile joue un rôle clé dans les élections et ne devrait pas être affaiblie. Les Kényans peuvent ne pas être d’accord avec les propos d’un groupe ou d’une personne en particulier, mais la Constitution garantit le droit à la libre expression et le droit d’association. Les services de sécurité ou d’autres services ne devraient pas viser des personnes ou des organisations en raison de leurs opinions.  

La transparence est cruciale pour une élection réussie et nous sommes déterminés à prêter notre assistance à cet égard. Les observateurs apportent une contribution importante pour garantir que les élections sont libres, justes et crédibles. Des missions d’observation des élections examinent actuellement ce qui s’est produit dans le scrutin du 8 août et prennent des mesures pour faire le meilleur travail possible lorsqu’ils retourneront au Kenya pour la nouvelle élection.

À titre de représentants, nous avons tous vu l’importance de l’investissement étranger, du commerce et du tourisme pour la croissance économique, les emplois et la sécurité du Kenya. Si les prochaines élections sèment le chaos, l’économie, les entreprises, les travailleurs et les familles – tous les Kényans – en paieront le prix.  

Enfin, toutes les personnes présentes proviennent de démocraties et le Kenya fait partie de la famille des pays démocratiques. C’est pourquoi le Kenya nous tient tant à cœur et qu’il tient tant à cœur à nos citoyens. Le Kenya fait partie de nous et nous faisons partie du Kenya. Nous avons des valeurs essentielles en commun et nous sommes tous concernés. Aujourd’hui, les yeux du monde entier sont tournés vers le Kenya. La manière dont les Kényans aborderont l’élection et accueilleront le résultat – peu importe le gagnant – aura une incidence sur votre pays et bien au-delà de celui-ci. Cette élection offre au Kenya l’occasion d’inspirer et de façonner l’avenir de l’Afrique et du monde. Nous sommes solidaires de tous les Kényans qui cherchent à ancrer la démocratie, à promouvoir la prospérité et à renforcer la sécurité.

Nous vous remercions de votre présence ici aujourd’hui. Nous répondrons maintenant à vos  questions.

Robert F. Godec
Ambassadeur des États-Unis

Bruno Pozzi
Chargé d’Affaires a.i., Union européenne

Mette Knudsen
Ambassadeur du Danemark

Sara Hradecky
Haute-commissaire du Canada

Victor Conrad Rønneberg
Ambassadeur de Norvège

Nicolas Nihon
Ambassadeur de Belgique

Quinton Devlin
Chargé d’Affaires a.i., Australie

Susie Kitchens
Chargé d’Affaires a.i., Royaume-Uni

Ralf Heckner
Ambassadeur de Suisse

Anna Jardfelt
Ambassadeur de Suède

Jutta Frasch
Ambassadeur d’Allemagne

Antoine Sivan
Ambassadeur de la France

Ramses Malaty
Chargé d’Affaires a.i., Finlande

Martine van Hoogstraten
Chargé d’Affaires a.i., Pays-Bas