La démocratie à la croisée des chemins au Kenya
Cet article a été publié dans le Daily Nation du Kenya
Le Kenya est un pays qui revêt un caractère spécial. En tant que diplomates qui habitent ce pays, nous sommes remplis d’admiration pour la détermination et la créativité de son peuple, l’énergie et l’innovation de ses entreprises et son parcours inspirant vers la démocratie depuis qu’il a obtenu son indépendance. Ces réalisations, ainsi que de nombreuses autres, ont fait du Kenya un pôle stratégique pour la région et, aussi, pour le continent et le monde.
Comme c’est le cas pour tous les pays démocratiques, dont le nôtre, la démocratie du Kenya n’est pas parfaite. Toutefois, elle peut et elle doit continuer d’être une force et une source d’inspiration pour nous tous.
Voilà pourquoi, en tant qu’amis du Kenya, les récents développements politiques nous préoccupent. Le gouvernement et l’opposition ont tous deux pris des mesures qui ont nui aux institutions kenyanes et creusé un fossé entre les citoyens.
Un père fondateur de la démocratie multipartite a répandu des allégations infondées sur les élections et s’est unilatéralement autoproclamé « Président », défiant délibérément la Constitution pour laquelle il s’est battu si fièrement.
Le gouvernement, qui devrait garantir de la liberté personnelle et la liberté d’expression pour tous selon la loi, a fermé des stations de télévision, saisi les passeports de chefs de l’opposition, refusé d’obéir aux ordonnances du tribunal et déporté un avocat de l’opposition de renom, et tout cela après deux élections qui se sont soldées par la mort de nombreux Kenyans et perturbé de nombreux moyens de subsistance.
Pour les amis du Kenya, des signaux d’alarme retentissent.
Les ambitions des politiciens affaiblissent d’emblée les institutions et fracassent les liens de la citoyenneté commune que les Kenyans ont tissés patiemment pendant de nombreuses décennies.
Nous ne prétendons pas dire aux Kenyans comment régir leur pays, là n’est pas notre intention. Toutefois, en tant que pays démocratique, nous savons à quel point nos libertés et nos droits ont été durement gagnés et nous sommes conscients du soin qu’il faut mettre à les chérir, à les renforcer et à les protéger pour que nos pays prospèrent et s’épanouissent.
Pour que la démocratie fonctionne, les dirigeants doivent gouverner de façon équitable et au nom de tous les citoyens, et lorsque ceux‑ci ne sont pas d’accord avec les décisions des dirigeants, ils doivent le montrer de façon pacifique. L’opposition sert à limiter le pouvoir du gouvernement. De plus, les médias libres et la société civile tiennent le public informé et facilitent le dialogue, et celui‑ci permet d’améliorer les politiques et les programmes que les dirigeants mettent en place pour leurs citoyens.
Les institutions et les constitutions ne sont pas des concepts abstraits qui n’intéressent que les avocats. Elles sont les seuls moyens dont on dispose pour s’assurer que toute personne puisse obtenir justice, peu importe son sexe, sa religion, sa richesse ou ses liens personnels, créer un avenir meilleur pour sa famille et avoir une voix au chapitre des décisions qui l’affectent.
Aujourd’hui, le Kenya est à la croisée des chemins dans son parcours démocratique. Ses dirigeants doivent emprunter le bon chemin pour assurer la réussite de leur pays.
Nous encourageons fortement le gouvernement à se plier aux ordonnances du tribunal et à respecter la procédure établie s’il souhaite interjeter appel à ces ordonnances ou les contester. La liberté d’expression, la liberté de presse et les droits de la personne doivent être protégés. Lorsque des personnes sont mises en état d’arrestation, leurs droits et la procédure établie doivent être respectés. Les citoyens ont l’obligation de manifester pacifiquement, et les services de sécurité devraient éviter tout recours à la force non nécessaire ou excessif. Peu importe la conduite d’autrui, le gouvernement a une responsabilité spéciale de protéger les institutions démocratiques et de respecter la constitution et la primauté du droit en tout temps.
Entre temps, l’opposition doit accepter la décision de la Cour suprême de maintenir le résultat de l’élection du 26 octobre. Uhuru Kenyatta et William Ruto sont les président et vice‑président légitimes du Kenya. L’opposition doit accepter cette réalité et s’en servir comme fondement aux discussions qu’elle et de nombreux Kenyans souhaitent tenir. Attiser l’animosité et menacer de poser des gestes violents sont inacceptables, tout comme le sont les méthodes empruntées pour prendre le pouvoir de façon non constitutionnelle.
En tant que partenaires, nous ferons tout ce que nous pouvons pour aider; toutefois, seuls les Kenyans peuvent régler les problèmes de leur pays. Nous demandons une fois de plus qu’une conversation nationale ouverte, transparente et soutenue soit lancée immédiatement avec tous les Kenyans pour renforcer la cohésion nationale, résoudre les problèmes de longue date et réparer les divisions profondes que le processus électoral a exacerbées.
Nous investissons dans le Kenya, et nous nourrissons de grands espoirs pour l’avenir. Mais les Kenyans doivent mobiliser toutes leurs forces et leur détermination, réaffirmer la Constitution et remettre leur pays sur le droit chemin de la démocratie, de la prospérité et de la sécurité.
Nic Hailey
Haut-commissaire du Royaume-Uni
Robert F. Godec
Ambassadeur des États-Unis
Jutta Frasch
Ambassadrice de l’Allemagne
Alison Chartres
Haute-commissaire de l’Australie
Sara Hradecky
Haute-commissaire du Canada
Mette Knudsen
Ambassadrice du Danemark
Anna Jardfelt
Ambassadrice de la Suède
Victor Conrad Rønneberg
Ambassadeur de la Norvège
Frans Makken
Ambassadeur des Pays-Bas
Tarja Fernández
Ambassadrice de la Finlande
- Date de modification: